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L'Instant réflexion | Le coaching, où l'Art d'accompagner une société en mutation accélérée | #2 Octobre

Rédigé par
10 octobre 2022

L’art, pourquoi l’art ? Ou plutôt en quoi l’Art ? 
Et enfin ! Pourquoi l’Art ?

Dans ce nouveau rendez-vous, nous vous proposons de prendre le temps, un temps, une pause. Bien calé(e) dans votre canapé, rouge, bleu, ou encore du meilleur beige, laissez votre imagination, votre capacité à réfléchir vous porter. Il n’y a rien à gagner, rien à perdre. Simplement, le plaisir de penser votre métier, votre activité. Pour un moment encore plus fort, mettez sur votre téléphone, un morceau de musique. Celui qui pour vous révèle le génie de l’humain, cela peut être Keith Jarett, dans son génial concert à Köln, ou encore Stromae et ses riches associations de mots ou encore Bach, dans sa partita n°2 pour violon interprété par Nathan Milstein…

Et relisez la définition du coaching :

« L’art d’accompagner une personne à trouver ses propres solutions dans son environnement »

Si l’Art il y a, il faut un sujet et un objet de création :

  • le sujet, le coach, 
  • l’objet, l’accompagnement d’une personne.

Si le coach est le sujet, il est alors l’artiste. Pour être artiste, le coach se doit tout d’abord de maîtriser une technique car sans technique, l’artiste ne peut pas faire. Cette technique s’exerce sur l’objet pour en faire Œuvre d’Art. Comme ce pianiste que vous écoutez, comme ce violoniste qui fait courir son archer sur d’impossibles notes, la technique consiste, pour le coach, à utiliser des concepts - tels que l’analyse de la demande, le questionnement, l’écoute ou encore la contractualisation - pour modifier, infléchir ou réfléchir, approfondir non seulement la pensée de l’autre mais aussi nous-même. C’est cette technique que nous essayons de transmettre à travers les formations de coach. 

Différencier le coach artiste du coach ingénieur

Shodô est l'art japonais de la calligraphie et consiste à tracer soigneusement des caractères élégants avec un pinceau imprégné d’encre de chine. L’artiste doit maîtriser le geste et faire parler les imperfections. Le trait tiré, posé sur le parchemin ne peut être gommé, retiré, il fera partie de l’œuvre, viendra s’insérer dans l’œuvre, fera « parler » l’œuvre à partir de ses défauts, traits plus gros ou plus fins, tâches, gouttelettes tombées çà et là. Le but de ces artistes n’est pas la réplique parfaite d’un modèle déjà créé dans un temps déterminé mais, à partir d’une page blanche, faire apparaître la vision subjective qui existe dans leurs esprits avec toute l’âpreté de leurs environnements, leurs hésitations, leurs tâtonnements et de leurs enthousiasmes. L’œuvre est unique, non réplicable, non corrigeable. 

Comme pour ces artistes, le coach part d’une nouvelle page blanche avant chacune de ses interventions avec le coaché. Il va partir avec ses préjugés, ses idées de comment la séance va se dérouler et puis, dès le début de la séance, il va travailler, exercer sa technique mais aussi faire des maladresses, déraper, être dans sa subjectivité pour permettre à la relation, aux différents liens, de se tendre, se détendre, se défaire dans la conscience de son art, récupérant une maladresse, pour en faire un objet de réflexion, une partie nécessaire à l’œuvre en train de se créer avec lui et devant lui dans la puissance de son imperfection. 

C’est en cela que le coaching est œuvre d’Art et que le coach en est l’artiste. 

  • Son matériau ? le colloque singulier
  • Sa technique ? les concepts du coaching
  • Son œuvre ? la conscience puissante des moments de fluidité et d’imperfections qui deviennent les points d’orgues de la transformation de l’autre.

A l'inverse, le coach ingénieur a la volonté de maîtriser le processus et recherche la perfection pour se rapprocher au plus près de l'idée qu'il se fait du coaching.

Le coaching est un Art

Mais pourquoi l’Art ? Pourquoi insister sur cet aspect si peu mesurable, si subjectif qu’est l’Art ? L’Art, en lui-même n’est pas indispensable, il est un plus à notre vie. Et pourtant, il fait de nous des êtres distinctifs de la nature. La nature créée n’a pas la conscience de sa création, elle est naturelle. En cela, aussi belle soit elle, elle n’en reste que dépendante d’une volonté extérieure sans conscience.

Au fil de l’histoire, notre monde s’est de plus en plus technicisé. Il a atteint ces dernières décennies un niveau de technologie sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Ces avancées ont comme corollaire, une augmentation de la norme, une volonté de normer. Cette volonté correspond à la volonté de maîtriser l’environnement. Elle est d’une certaine façon nécessaire car elle permet de « sécuriser ».

Et pourtant, un artiste créé avec la conscience de son geste, avec sa précision et sa singularité. Il crée aussi avec la conscience du bouleversement qu’il veut et qu’il parvient à créer chez le spectateur. Son geste qui peut paraître égoïste a besoin de l’autre pour exister, pour être. Il existe alors un lien, une forme distincte et même singulière entre chaque spectateur et l’artiste. C’est pourquoi l’art est essentiel car il nous renvoie, artistes et spectateurs, à notre singularité et en même temps à notre condition d’être humain. 

De même le coach va, à partir du colloque singulier, créer,  pour permettre à l’autre de trouver ses propres solutions dans son contexte. Il va provoquer par son geste parfois habile et parfois malhabile un bouleversement dans l’univers de l’autre, un battement d’aile de papillon qui peut avoir des conséquences sur l’équilibre de son monde. 

Si le geste était « connu », était « programmé », alors l’univers ne pourrait se modifier qu’à la marge. Il serait et resterait d’une certaine façon conforme. Par sa volonté artistique, le coach va permettre la transgression au coaché. Il va lui permettre d’aller toucher ce qu’il ne pensait pas pouvoir toucher, d’aller à la rencontre de ressources qu’il ne pensait pas avoir. Il va lui permettre de prendre conscience de sa réalité d’être humain. 

Nous terminons cette réflexion en vous invitant, coachs ou futurs coachs à assumer cette part d’artiste qui est en vous et qui malgré une œuvre éphémère, une œuvre qui se meurt au fur et à mesure qu’elle se crée, est au centre de votre activité tout en vous prévenant de l’ivresse de la création, en gardant à l’esprit que l’artiste n’est rien sans son modèle, et surtout « primum non nocere* ».

*Réflexion : “Si l'on interroge bien les hommes, en posant bien les questions, ils découvrent d'eux-mêmes la vérité sur chaque chose.” Platon.

Notre mission... permettre aux coachés de prendre le temps d'explorer et de faire émerger des solutions nouvelles

L’art est indissociable de l’activité humaine, il la définit même par rapport à la Nature. Il a permis lors des crises profondes de nos sociétés et permet dans cette transformation sociétale que nous sommes en train de vivre et qui bouleverse notre rapport au monde, d’inventer, et même de créer quelque chose qui n’existait pas avant.

Le coach, par sa technique et sa disponibilité, offre aujourd'hui, aux managers, aux équipes, aux organisations, un temps libre propice à l'exploration et à l'émergence de solutions en adéquation avec son environnement. 

Au-delà de la technique, il est indispensable de préserver cette subtilité artistique car elle autorise la transgression et évite « de faire un peu plus de la même chose ». Dans cet esprit, le coaché pourra trouver une voie, une perspective nouvelle (dont il deviendra lui-même l’artiste et le dépositaire) dans sa relation à lui-même, à l’autre et enfin au monde.

Parce que nous devons trouver des réponses en dehors de notre cadre en ces temps de chamboulement de vision du monde professionnel et de changements profonds de rapports sociaux, le coach technicien ne pourra remplacer le coach artiste.